suisse

  • Don d'organes en Suisse. Un référendum s'impose

    Le Conseil fédéral et le Parlement ont décidé de promulguer une nouvelle loi sur les dons d'organes. Celle-ci reposerait sur le "consentement présumé" de toute personne à donner ses organes après sa mort cérébrale, à moins qu'elle n'ait exprimé clairement son opposition à de telles pratiques.

    C'est un renversement total de la perspective actuelle, qui exige au contraire un accord explicite de la personne au prélèvement d'organes, faute de quoi elle est présumée non consentante.

    Un référendum a été lancé contre ce projet de loi. Deux arguments justifient une consultation populaire sur ce sujet.

    Primo, ce sujet touche directement et intimement toute personne humaine dans notre pays. Il s'agit de vie ou de mort, il s'agit d'un des droits les plus fondamentaux de tout citoyen, celui de disposer librement et en connaissance de cause de son corps vivant.

    Secundo, une question de fond se pose ici, celle de la définition de la mort. On ne peut prélever des organes utilisables sur des cadavres. On profite donc des quelques minutes qui séparent la mort dite cérébrale de la mort réelle pour prélever des organes sur un corps qui n'est pas encore un cadavre, qui est donc encore "un peu" vivant. Il est même arrivé que certaines personnes en état de mort cérébrale ont été ramenées à la vie.

    On peut signer la demande de référendum jusqu'au 19 janvier 2022.

    Le magazine Bon à savoir soutient ce référendum. Pour les questions liées à la mort cérébrale, on peut lire une interview intéressante du Don d'organe, Suisse, mort, mort cérébrale, référendumDr Paul Byrne.

  • La RTS trahit sa Charte déontologique

    La RTS s’est donné en 2011 une Charte déontologique. RTS, Jésus, médias, redevance, Suisse

    Celle-ci proclame notamment ce qui suit. «En matière de religions, la RTS respecte la liberté de croyance en distinguant d’une part les éléments essentiels de la foi ou de la croyance religieuse, qui jouissent d’une protection particulière, et d’autre part les institutions religieuses et leurs dignitaires ou représentants.»

    En note de ce texte, il est précisé: «Cette protection particulière [des éléments essentiels de la foi] découle du droit constitutionnel et notamment de la liberté de croyance.»

    Or, il est évident que la personne de Jésus est l’élément le plus essentiel, pour ne pas dire le seul élément essentiel de la foi chrétienne. À ce titre, la figure de Jésus a droit à la protection particulière garantie par la charte de la RTS.

    La sotte et grossière série qui insulte publiquement, sur la RTS, la personne de Jésus viole donc en même temps la Charte de la RTS et le droit constitutionnel suisse.

    Par ce genre d’émission, la RTS se moque avant tout de sa propre charte et, secondairement, insulte la part chrétienne et croyante de son public, contrainte de financer, par la redevance, tant de crétinisme, d'incompétence et d’irrespect. 

  • Évêques suisses et "mariage pour tous". (3) À temps et contretemps

    «Proclame la parole – [il s’agit de l’évangile] –, interviens à temps et à contretemps, explique, insiste, encourage, enseigne en toute patience.» Ainsi résonne l’appel pressant de saint Paul à son disciple et collaborateur Timothée. Ce dernier avait une fonction pastorale comparable à celle de nos évêques actuels. mariage,suisse,Église,couples homosexuels,homosexuallité

    Annoncer l’évangile dans un monde païen, telle est donc la belle et audacieuse mission de l’Église tout au long de son histoire. À temps et à contretemps. Selon que l’air du temps est plus ou moins ouvert à l’expérience chrétienne, en ce qu’elle a de plus original et de plus inouï.

    Tôt ou tard, les évêques suisses devront expliquer la position catholique après l’introduction en Suisse du très mal nommé «mariage pour tous», dont l’entrée en vigueur est fixée au 1er juillet 2022. Dans mon précédent article sur ce sujet, j’ai tenté de préciser la particularité de la vision catholique sur le mariage.

    La tâche des évêques s’annonce aussi délicate que nécessaire. En effet, en soi, le message chrétien confirme, éclaire et relance l’expérience que l’humanité fait depuis toujours de l’amour, du mariage, de la famille, de la transmission de la vie. Pourtant, d’un autre côté, l’expérience chrétienne, en sa nouveauté, peut heurter les idéologies et les coutumes dominantes d’une époque

    C’est donc à temps et à contretemps que les évêques suisses s’efforceront d’annoncer, d’expliquer et d’enseigner, en toute patience et vérité, la position catholique sur le mariage, que, pour ma part, j’ai tenté de rappeler dans mon article précédent.

    Aujourd’hui, je me propose simplement de signaler quelques défis que les évêques devront relever pour être au moins entendus et compris, sinon approuvés, de nos concitoyens, à commencer par les catholiques eux-mêmes.

    Parvenir à une position unanime

    La Conférence des évêques suisses (CES) n’est pas un collège comme l’est le Conseil fédéral. Les décisions de ce dernier se prennent à la majorité des membres du collège. Tous sont ensuite tenus de soutenir le choix qui l’a emporté, avec ou contre leur avis personnel. Rien de tel pour la CES.

    La CES, comme toutes les conférences épiscopales, est un organe de réflexion, d’échange et de coordination entre les évêques de notre pays. Elle n’est pas cependant au-dessus de chacun de ses membres. Chaque évêque conserve toujours sa pleine et entière responsabilité pastorale en ce qui concerne son diocèse.

    La Conférence des évêques ne peut parvenir à une position commune, sur un sujet précis, qu’à la condition que tous les membres donnent leur accord librement, en conscience. Il faut donc l’unanimité pour une déclaration officielle de la CES.

    Une seule opposition parmi les évêques suffit à empêcher une déclaration commune. Or, il est évident qu’il existe dans l’Église catholique, y compris parmi les évêques, des sensibilités pastorales, théologiques, spirituelles, morales différentes, en toute légitimité. Le catholicisme n’est pas ce bloc monolithique ni cette dictature que d’aucuns imaginent.

    On a donc vu, ces dernières années, la CES non pas divisée – il n’y a pas eu de schisme –, mais tout de même incapable de parvenir à l’unanimité sur des problèmes pastoraux majeurs. Songeons aux tensions récurrentes qui, dans un passé récent, ont agité le diocèse de Coire, avec leurs répercussions et leurs conséquences en Suisse.

    Il n’est pas impossible que certaines divergences de vue entre évêques aient empêché la Conférence de se prononcer clairement et unanimement sur le «mariage pour tous» avant le vote populaire de 2021.

    En 2019, la CES fut consultée par la Confédération sur le «mariage pour tous», qui n’était alors qu’un avant-projet. Tout en émettant des remarques critiques et des réserves, elle répondit qu’elle ne répondrait pas! « Restant consciente de ces graves enjeux éthiques, la CES s’abstient toutefois de prendre position pour ce qui concerne l’Avant-projet “Mariage civile pour tous”», déclara la CES.

    En décembre 2020, en revanche, quelques mois avant le vote populaire, la CES publia un communiqué très argumenté affirmant son rejet du projet de «mariage pour tous», en concluant notamment : «Consciente de ces graves enjeux éthiques, la CES ne peut pas accepter sous cette forme le projet „mariage pour tous“. […] la CES ne saurait se prononcer en faveur du projet “Mariage civil pour tous”. Elle estime que le débat n’est pas envisagé comme il se doit».

    La position de la CES a donc évolué dans le bon sens, entre 2019 et 2020. On peut s’en réjouir et en augurer qu’une déclaration à venir de la Conférence des évêques suisses sera à la fois claire et unanime. Faute de quoi, chaque évêque fera ce qu’il peut de son côté. Mais on y perdrait alors la force de conviction d’un consensus sans faille sur l’essentiel.

    Cibler et gérer la communication

    L’Église catholique est l’ensemble de toutes les personnes baptisées dans cette confession, clercs et laïcs. Ce n’est pas un bloc ni une dictature, répétons-le. C’est une mosaïque ou un enchevêtrement de degrés d’appartenance, de convictions, d’adhésions, de pratiques et de sensibilités.

    Dans une société sécularisée, toutes les Églises ont en outre perdu de leur prestige, de leur influence et de leur cohésion. C’est particulièrement vrai de l’Église catholique, dont le statut est aujourd’hui d’autant plus ébranlé qu’il semblait autrefois plus assuré.

    Un premier problème devrait retenir l’attention des évêques. Il concerne la communication de leur déclaration. À qui s’adressera-t-elle prioritairement? Quel en sera le cœur de cible? La part centrale des plus convaincus, des plus «cathos»? Ou la majorité qui doute, se tient à distance, questionne, critique, en prend et en laisse, ne suit pas, ne suit plus?

    La première option aurait l’avantage présumé de rassurer les plus militants, de les affermir dans leur fidélité, de les encourager à témoigner de leur foi au sein d’un monde déboussolé.

    L’autre option correspondrait peut-être mieux à ce que le pape François appelle une Église en sortie, s’efforçant de porter l’évangile dans les «périphéries» sociales, culturelles, religieuses. Si les évêques trouvent un langage audible pour la moyenne des gens, ils seront sûrs, du même coup, d’être parfaitement compris des convaincus.

    Parler d’amour en vérité, pas «comme tout le monde»

    Un autre problème spécialement épineux se posera à propos du sens de l’amour. C’est évidemment au nom de l’amour que les évêques devront parler, l’amour infini et surprenant révélé en Jésus Christ, l’amour qui prend son origine dans le mystère trinitaire et qui culmine dans la mort et la résurrection du Seigneur.

    Mais ils devront tenir compte du fait que c’est aussi au nom de l’amour que les lobbys LGBT ont mené campagne, avec le succès que nous savons, au nom d’un amour sentimental, romantique, passionnel, d’autant plus séduisant qu’il est moins contraignant.

    Il ne sera pas facile de dissiper les ambiguïtés et les faux-semblants concernant l’expérience amoureuse, le sens de l’altérité sexuelle, l’amour parental, le respect des droits de l’enfant. Mais c’est un beau défi à relever. Précisément à cause de l’amour révélé dans le Christ.

    Le sens catholique du mariage, un défi œcuménique

    Dans l’Église catholique, le mariage est un sacrement, autrement dit une réalité indissociablement humaine et divine. (Voir à ce sujet mon article précédent.) L’altérité sexuelle des époux, dès lors, est indispensable. Par elle se réalise, en effet, une alliance qui est union dans la différence et des différences. Elle reflète en humanité un autre alliance, une autre union des différences, celle qui unit le Christ et l’humanité, prolongement elle-même de l’alliance éternelle en Dieu lui-même, Père, Fils et Esprit, communion d’amour.  

    Il n’en va pas de même dans les Églises de la Réforme. Elles respectent certes et honorent le mariage, mais ne le considèrent pas comme un sacrement. La division entre chrétiens apparaîtra donc clairement, à propos du mariage, pour ce qu’elle est, hélas, un contre-témoignage.

    Et il ne sera pas facile aux évêques de rappeler, même aux catholiques, ce qu’est un sacrement, notamment celui du mariage, alors que nombre de mariages «à l’église» sont demandés par des époux éloignés de l’Église, peu informés de leur foi. Mais, de nouveau, l’occasion est belle d’annoncer la bonne nouvelle de l’amour de Dieu dans nos amours humaines.

    Affirmer la liberté religieuse de l’Église face à l’État

    Jusqu’ici, la loi suisse prescrivait que tout mariage religieux ne pouvait être célébré qu’après l’union civile des époux concernés. Cette obligation limitant quelque peu la liberté de culte pouvait néanmoins se comprendre dans la mesure où l’État et l’Église avaient exactement la même définition du mariage. C’était alors le moyen, pour l’État, de garder la main sur son état civil.

    Avec l’instauration en Suisse du «mariage pour tous», tout change. L’Église ne peut que constater la rupture, par l'État, du pacte social qui la liait à l’État en vertu d’une définition commune du mariage. Non seulement elle n’a aucune raison de reconnaître le faux «mariage pour tous», mais elle a toutes les raisons de s’en démarquer.

    L’Église catholique célébrera donc des mariages religieux pour les couples hétéros qui le demandent, en se prévalant de sa pleine et entière liberté de culte. Sans du tout tenir compte, me semble-t-il, d’une préalable union civile, maintenant dénaturée. Liberté serait laissée aux couples mariés religieusement dans l’Église catholique de conclure aussi la nouvelle union civile (faussement appelée mariage) avant ou après leur mariage religieux, ou jamais, puisque l’union libre n’est pas interdite en Suisse.

    Il y aurait donc deux registres des mariages, indépendants l’un de l’autre, celui de l’État et celui de l’Église catholique. En tout respect et toute distinction de la liberté de l’une et de l’autre instance.

    Accueillir et bénir les couples de même sexe

    L’existence de couples de même sexe n’est pas une nouveauté, puisque le partenariat enregistré, maintenant aboli, hélas, leur donnait déjà une reconnaissance et un statut légal. Maintenant, ils pourront se dire et se croire «mariés» civilement. L’Église catholique se doit de les accueillir avec amour, non pour ce qu’ils ne sont pas (mariés), mais pour ce qu’ils sont (unis en une communauté d’amour et de vie).

    L’Église pourrait très bien accorder sa bénédiction à de tels couples, qui en feraient la demande, après discernement avec eux de leur projet et de leurs motivations religieuses et humaines. Comme elle le fait depuis toujours pour les candidats au mariage.

    L’Église catholique dispose de deux catégories de rites sacrés, cultuels. Il y a, particulièrement, les sept sacrements, parmi eux le mariage. Et, plus largement, les «sacramentaux». Le droit canonique les définit comme «des signes sacrés par lesquels, d’une certaine manière à l’imitation des sacrements, sont signifiés et obtenus à la prière de l’Église des effets surtout spirituels». Tels sont, par exemple, la consécration d’un autel, les bénédictions de personnes, de groupes ou de choses, les funérailles chrétiennes, etc.

    La bénédiction de couples de même sexe, à certaines conditions (comme pour le mariage), pourrait donc devenir un sacramental, selon un rituel officiel à créer, pratiqué dans un cadre à définir (privé? public?). Les couples ainsi bénis pourraient être accueillis ensuite simplement et publiquement dans les communautés catholiques.

    Conclusion

    Vivre et annoncer la vérité de l’amour, à temps et à contretemps, on l’aura compris, sera difficile et exigeant pour les évêques (et pour les fidèles). On peut prévoir des résistances, des oppositions, des moqueries, des insultes peut-être. Elles se manifesteront au sein de notre société où fleurissent les «déconstructions» de toute sorte et le brouillage de tous les repères.

    Mais, aussi surprenant que ce soit, une déclaration claire et courageuse des évêques, sur l’amour et le mariage, est assurée d’avance non d’un succès mondain, mais d’une fécondité humaine et spirituelle certaine, qui lui viendra du Christ sauveur et seigneur.