Penser le "wokisme" pour ne pas en être intoxiqué

Le wokisme vu et vécu par lui-même

Le mot anglais «woke» signifie «éveillé». Éveillé de quel sommeil? Pour voir et vivre quelle réalité?MS 10.02.06ter.jpg Selon un courant très présent en Amérique du Nord, qui semble déferler maintenant aussi en Europe occidentale, le wokisme militant veut arracher nos sociétés au cauchemar de l’injuste domination qu’elles font subir aux minorités ethniques ou sexuelles, à la ségrégation inique qu’elles opèrent entre blancs dominants et personnes dites de couleur, dominées, etc.

C’est une société blanche et «patriarcale» qui est ici dénoncée, désignée coupable de toutes les souffrances de toutes les minorités.

La domination de cette société serait garantie, selon le wokisme, non seulement par la «violence policière», mais aussi, surtout peut-être, par les langues officielles, l’anglais, le français. Ce sont donc ces langues qu’il importerait de déconstruire petit à petit en éliminant les mots et les façons de parler «patriarcales» au profit de mots nouveaux et d’une nouvelle syntaxe. Changer les mots pour changer les idées, changer les idées pour changer le monde.

La part bonne du wokisme est d’origine chrétienne

Le wokisme résumé ci-dessus possède une part bonne, saine mais devenue folle, qui est une conviction d’origine exclusivement chrétienne, dans le sillage du judaïsme. Toutes les sociétés, de l’Antiquité à nos jours, qui n’ont pas été ou qui ne sont pas imprégnées au moins un peu par le courant religieux judéo-chrétien sont régies par la loi du plus fort. Les faibles, les pauvres, les minorités sont soit réprimées, soit exploitées, soit éliminées d’une manière ou d’une autre.

C’est le judaïsme qui, le premier et d’abord le seul dans l’Antiquité, oblige à protéger l’étranger, la veuve et l’orphelin, qui condamne le principe de l’esclavage. Il le fait parce qu’il refuse de diviniser les puissants et qu’il n’adore qu’un seul Dieu, créateur et père de tous les humains.

C’est le christianisme qui a conduit cette intuition et cette pratique à leur achèvement. Le Fils de Dieu devient en Jésus non seulement un humain, mais un pauvre, le plus pauvre de tous, condamné et exécuté comme tel par le supplice le plus infamant, celui de la croix. Il s’est identifié lui-même aux pauvres et aux souffrants. C’est en le reconnaissant et en l’aimant dans ces exclus, dans ces maltraités, que les disciples de Jésus honorent leur Seigneur. «J’avais faim, soif, j’étais malade, étranger, nu, prisonnier, et vous m’avez nourri, vêtu, accueilli, visité».

Les chrétiens sont par principe – s’ils sont vraiment chrétiens – étrangers à tout patriarcat dominateur. Parce qu’ils ne reconnaissent finalement qu’une paternité, celle de Dieu, père de tous les humains. Toute autre paternité humaine dérive de celle-là, soit pour l’honorer en respectant toutes personnes humaines, surtout les moins favorisées, soit pour trahir et pervertir la paternité divine en la changeant en instrument satanique de puissance, de mensonge et de mépris.

Oui, c’est le christianisme qui, après le judaïsme, a pratiqué l’éveil des consciences par un wokisme authentique, bienfaisant, universel. Quand Jésus guérit des aveugles, il leur donne un regard nouveau, le sien, sur toute chose. Le Nouveau Testament nous le redit avec insistance: «Veillez! Réveillez-vous! Ne vous endormez pas! Devenez et demeurez ‘woke’ à la manière de Jésus!».

Le wokisme à l’américaine n’est pas celui de Jésus

Je ne veux pas ici instruire le procès du wokisme à l’américaine, qui s’infiltre en Europe grâce à nos médias moutons, sinon pour souligner son principal et évident défaut, qui le sépare nettement du wokisme selon l’évangile. Le vice du wokisme à l’américaine, c’est la haine. Seul l’amour authentique, à la manière de Jésus, est plus fort que la haine. Le wokisme, lui, ne dénonce des haines, supposées ou réelles, que pour les combattre par d’autres haines.

C’est un retournement des haines. Haine du «patriarcat», des hommes, des blancs, de l’ordre social, de la paix publique. Haine du corps et de la condition sexuée de l’humanité. Haine du mariage hétérosexuel. Haine des majorités. Haine de la normalité. Haine de la culture. Haine des langues officielles. Haine du dictionnaire, de la grammaire, de la syntaxe.

Combattre le wokisme en montrant le bout de sa logique absurde et ridicule

Quelques exemples parmi beaucoup d’autres suffiront, je l’espère, à mettre en évidence le ridicule et l’absurde du wokisme ambiant.

Le langage dit inclusif favorise au contraire l’exclusion. Devant une assemblée quelconque, l’orateur commence à juste titre par dire «Mesdames et Messieurs». C’est de l’élémentaire courtoisie pour honorer les femmes qui seraient présentes. Mais qu’en est-il si un journaliste commente aujourd’hui le résultat d’un scrutin fédéral en répétant lourdement et inutilement: «Les Suisses et les Suissesses ont décidé, etc.»? Eh bien, il oublie ou ignore tout simplement que les femmes ont le droit de vote en Suisse depuis 1971. Il ne sait pas qu’en disant, selon la logique de la langue française, "les Suisses", cette expression inclut forcément les femmes, depuis 1971. Mais lui estime que, pour inclure les femmes, il faut au contraire les dissocier d'abord des hommes, les exclure des «Suisses», avant de les associer ensuite.

C’est pareil avec les ennuyeuses et pénibles répétitions à longueur d’émissions radio ou TV de «auditeurs et auditrices», «agriculteurs et agricultrices», «étudiants et étudiantes», «celles et ceux», etc. Le ridicule atteint un sommet quand on entend à la radio quelqu’un dire, à propos d’un parlement, «les députés et les députées». Les deux mots se prononcent exactement de la même manière. Pour faire la différence, la personne doit prononcer le second ainsi: «les députéyes», ce qui arrive parfois, hélas, et quand cela n’arrive pas, cela résonne comme de dire: «les étudiants et les étudiants», «les auditeurs et les auditeurs». Bref, c’est du charabia, un massacre de la langue française, un bruit désagréable aux oreilles des auditeurs.

L’exaltation des «droits des minorités» conduit à la négation des droits de tous. Y a-t-il plus petite et plus faible minorité sociale que celle de chaque individu? Liberté totale et sans condition, donc, pour chacune de ces minorités individuelles, que nous sommes tous! Tel est le fin mot, le bout du wokisme. La plus petite minorité, c’est moi. Que dis-je, c’est MOI! Allons donc au bout de ce plus grand wokisme de la plus petite minorité.

Cela commence (et continue toujours) par la déconstruction de la langue commune, NOTRE langue à tous, au profit de «notre» langue à nous, quelques-uns. «Nous» minorité allons vous imposer «notre» langue à nous, nos mots, notre façon de les comprendre et de les utiliser. Langage prétendu inclusif, «féminicide», «iel» plutôt qu’il et elle, etc.

Comme chacun est à soi-même la plus élémentaire minorité, à chacun d’inventer ses mots et sa grammaire, ce qui s’est toujours fait d’ailleurs. Mais la nouveauté est maintenant d’exiger que tous comprennent et parlent ce langage, que les dictionnaires et les speakers l’utilisent et le promeuvent. C’est la Tour de Babel réinventée, la Woke Tower.

L’impériale liberté individuelle de chaque minorité qu’est chaque individu exigera évidemment que chacun choisisse son sexe ou son «identité de genre» selon son «ressenti» du moment. Haine de la nature. Haine du corps. Haine de la réalité sexuée de l’être humain. Haine de la culture qui tient compte de la nature et qui l’épouse.

Après cela, pourquoi tolérer encore que «la société patriarcale» assigne à chacun un patronyme, un nom de famille? Après la haine du corps, pourquoi pas la haine du nom? Passe encore le prénom, on peut toujours se donner en famille ou entre amis des surnoms affectueux ou préférés. Mais le patronyme, de quel droit «la société» nous empêcherait-elle d’en choisir un autre, d’en changer selon notre «ressenti»? Sans formalités administratives. Comme nous pourrions changer de sexe et osciller à notre gré entre «femme», «homme», «neutre» et tout l’alphabet (inachevé) des LGBT+++. De quel droit les parents participent-ils à cette inscription sociale de leur enfant sous un nom qu’il n’a pas choisi?

Voilà sans doute le dernier résidu d’un patriarcat dominateur et ringard! À déconstruire encore!

Quand il aura disparu, chacun sera woke et libre sur son île déserte.

P.S. Comme les femmes sont loin de constituer une minorité, j’en parle insuffisamment ici. Je me permets de renvoyer, à leur sujet, à mon article précédant sur le sens du féminisme actuel ici

Je ne parle pas non plus ici de la redéfinition juridique de la personne. Voir à ce sujet mon article concernant le mariage et l’introduction de l’arbitraire dans notre droit suisse, ici.

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