L'énigme de la sexualité humaine

 

La récente mise en lumière, par la CIASE, du nombre effrayant d’abus sexuels sur mineurs, aussi bien dans la société en général que dans l’Église catholique, nous oblige à nous interroger à nouveau sur l’ÉNIGME DE LA SEXUALITÉ HUMAINE.Sexualité, abus
Pourquoi n’est-elle pas réglée naturellement par un instinct, comme celle des animaux? Pourquoi peut-elle s’égarer aussi désastreusement que nous le savons maintenant? Pourquoi peut-elle nous conduire sur des sommets d’amour, ignorés des animaux, mais parfois dans des abîmes de monstruosité, ignorés aussi des animaux?
Sans prétendre répondre vraiment à ces questions, je voudrais ici tenter au moins d’en exposer quelques aspects. Je le fais en tâtonnant, comme un aveugle guidé par un mouvement intérieur.
Je le ferai en deux temps, d’abord du seul point de vue de notre expérience et de notre raison humaine, ensuite du point de vue de la foi chrétienne. C’est ce second regard qui est le plus ahurissant, me semble-t-il. Et qui apporte peut-être un peu de clarté sur la nature particulière des abus sexuels commis par des responsables religieux catholiques.
 
1. L’ÉNIGME DE LA SEXUALITÉ HUMAINE AU REGARD DE LA RAISON
Depuis l’avènement de la psychanalyse inaugurée par Sigmund Freud (1856-1939), nous en savons plus que nos ancêtres sur l’importance et le fonctionnement de la pulsion sexuelle de l’être humain.
Nous savons notamment que cette pulsion agit d’abord dans notre inconscient et qu’elle obéit fondamentalement au seul principe de plaisir, avant qu’elle ne soit orientée et canalisée par l’éducation et par la culture d’une société.
Nous savons aussi que, après la «crise œdipienne», notre sexualité nous porte normalement vers l’union avec une personne de l’autre sexe. Mais cela ne se fait pas automatiquement ni pour tous de la même manière. C’est un processus complexe, en partie inconnu, à cause de la complexité ontologique, foncière de l’être humain. Il est à la fois animal, enraciné dans le biologique, et à la fois esprit, intelligence, affectivité, émergeant du biologique.
La pulsion sexuelle de l’être étrange que nous sommes est donc gouvernée inconsciemment par la seule recherche du plaisir. Elle pourrait donc aller dans tous les sens. Elle pourrait faire de nous des «pervers polymorphes», ouverts à des satisfactions sexuelles de toute nature, si notre éducation et nos propres efforts de maîtrise de nous-mêmes ne parvenaient pas à corriger et à contrôler la poussée de cette pulsion pour l’orienter dans le sens d’un attachement amoureux respectueux de l’autre.
Nous savons encore que les énergies puissantes de cette pulsion peuvent être sublimées, c’est-à-dire orientées vers d’autres buts que le plaisir sexuel: vers les joies et les satisfactions de l’intelligence, de l’expression artistique, du dévouement et du service d’autrui, notamment en tant que parents, mais aussi par d’autres engagements en faveur de nos semblables.
La psychanalyse n’explique pourtant pas tout. Les jeux complexes du conscient et de l’inconscient, du principe de plaisir et du principe de réalité restent obscurs. «Nous avouons n’en rien savoir, reconnaissait Freud, et les profondes ténèbres de notre ignorance sont à peine éclairées par une faible lueur.» (Dans son «Abrégé de psychanalyse».)
Ce que le rapport de la CIASE nous apprend de façon fulgurante, et qu’on ignorait (consciemment ou non), ce sont les effets durablement destructeurs que les abus peuvent provoquer dans la personne et dans la vie des victimes. Effets terribles que les témoignages recueillis par la CIASE illustrent de façon dramatique. Pour nous ouvrir les yeux de l’intelligence et du cœur, et nous pousser, nous obliger à réparer, à prévenir ces crimes.
Freud avait souligné la nécessité de l’éducation et de la civilisation pour canaliser la sauvage pulsion sexuelle. Nous n’avons peut-être pas évité deux pièges à ce propos. Le premier est pointé par le rapport de la CIASE (p. 213) adressé à l’Église catholique: «Une morale sexuelle stricte qui antagonise, ou nie tout désir sexuel, peut également favoriser les abus sexuels.»
La CIASE tire de cela sa Recommandation n° 11: «Passer au crible ce que l’excès paradoxal de fixation de la morale catholique sur les questions sexuelles peut avoir de contre-productif en matière de lutte contre les abus sexuels».
Le second piège est une illusion que la société en général, notamment depuis les années 1960, a cultivée, celle d’une «libération sexuelle» sans règles ni tabous. La prévalence des abus au sein des familles, la pornographie galopante et d’autres phénomènes du même genre devraient nous ouvrir les yeux et dissiper définitivement cette illusion.
OUI, NOUS ÉGLISE, NOUS CIVILISATION OCCIDENTALE, DEVONS RECONSTRUIRE ENSEMBLE UNE MORALE SEXUELLE DIGNE DE CE NOM, VRAIMENT LIBÉRATRICE POUR TOUS, RESPECTUEUSE DE TOUS.
Nous devons REDÉCOUVRIR L’IMPORTANCE DES TABOUS ET LES TRANSMETTRE PAR L’ÉDUCATION ET PAR NOS COMPORTEMENTS. TABOU SIGNIFIE «SACRÉ», ce qu’il est interdit de profaner, ce qui doit être respecté sous peine de sacrilège. LE TABOU CENTRAL, ORIGINEL, C’EST LE CORPS D’AUTRUI.
 
2. L’ÉNIGME DE LA SEXUALITÉ HUMAINE AU REGARD DE LA FOI CHRÉTIENNE
Si on considère la sexualité du point de vue de la FOI chrétienne (c’est autre chose que la MORALE qu’on en tire), un constat ahurissant s’impose:
LE PRINCIPE DE PLAISIR, QUI PEUT ENSAUVAGER LA PULSION SEXUELLE JUSQU’À LA DÉSHUMANISER, SEMBLE ÊTRE DU MÊME COUP CE QUI PEUT NOUS PROPULSER VERS DIEU.
Cela mérite quelques explications. Commençons par quelques questions.
NOTRE PULSION SEXUELLE NON RÉGLÉE PAR L’INSTINCT EST-ELLE VRAIMENT UN DON MAGNIFIQUE DE DIEU ou bien le résultat d’une sorte de malédiction diabolique? Pourquoi la pulsion sexuelle est-elle si puissante? Pourquoi le PLAISIR qu’elle vise est-il si intense? Pourquoi sommes-nous, de ce fait, exposés à tant de frustrations, de tensions psychiques, de difficultés relationnelles, d’égarements possibles? Dieu ne pouvait-il pas faire autrement et mieux?
Il aurait pu, certes, nous munir d’un instinct bien réglé, à l’instar des animaux. Mais, dans cette hypothèse, nous serions asservis, nous aussi, à la loi de la reproduction, et non à celle de l’amour! Les mâles les plus forts se battraient pour les femelles les plus fécondes. Ces dernières se donneraient aux mâles les plus beaux et performants.
Serviteurs dociles de l’espèce, nous n’aurions pas les tourments d’amour qui sont les nôtres. Mais pas les allégresses non plus. Corsetés par un instinct, nous serions privés de la plus extraordinaire – la plus risquée aussi – de nos facultés, par laquelle nous pouvons être créateurs ou co-créateurs de nous-mêmes: la liberté. LIBRES D’AIMER ET LIBRES POUR AIMER.
Autre hypothèse apparemment plus sage, Dieu n’aurait-il pas été plus avisé s’il avait simplement diminué en nous l’intensité de la pulsion et du plaisir sexuels ? À la place d’un désir quasi insatiable de satisfactions affectives et charnelles, nous aurions simplement un appétit modéré, un goût de bon aloi pour ces plaisirs et pour ces joies, comme nous les éprouvons pour la nourriture, pas davantage. Moyennant une bonne éducation, un peu d’intelligence et de discipline, notre volonté n’aurait pas beaucoup de peine à gouverner librement et sagement une sexualité sans folie.
Ce second stratagème imaginaire paraît bien raisonnable. De fait, il l’est beaucoup trop. Du moins au regard de la foi chrétienne, qui est folie divine. Ce scénario, en effet, nous priverait de l’élan le plus fou qui nous habite, qui nous tire charnellement et spirituellement vers l’infini: le désir de Dieu! Désir de devenir comme Dieu. NOTRE SOIF ILLIMITÉE D’AMOUR ET DE BONHEUR NOUS APPELLE VERS LA PLÉNITUDE DU BONHEUR ET DE L’AMOUR DIVINS.
Le divin coup de génie, c’est la connexion profonde, intense, voilée que Dieu a établie entre lui-même, l’amour et le sexe. Il peut ainsi nous attirer à lui sans nous effrayer par son immensité. Il nous tire à lui par le sexe et par l’amour, dont nous pouvons découvrir petit à petit, par expérience, avec des hauts et des bas, par des souffrances et des jouissances, qu’ils sont faits l’un pour l’autre, en quelque sorte. Leur union en nous est source de vie et de bonheur.
Cette connexion entre le sexe, l’amour et Dieu plus ou moins deviné, c’est la chasteté.
Du moins devrait-il en être ainsi. Mais en fait, l’Église en est arrivée, pour diverses raisons, à culpabiliser et à diaboliser le plaisir sexuel. De tremplin vers Dieu qu’il pouvait être, il est devenu au contraire une porte de l’enfer. Un manuel catholique de morale, très utilisé dans les séminaires avant le concile Vatican II, posait le principe suivant: «La jouissance sexuelle directement voulue n’est jamais objectivement de petite gravité. Elle est donc toujours péché mortel, même quand elle est partielle et de courte durée.»
Cette morale voyait juste en prenant en compte la CENTRALITÉ DU PLAISIR dans la pulsion sexuelle.
Mais elle se trompait lourdement en culpabilisant la jouissance sexuelle. Elle poussait ainsi, involontairement sans doute, au refoulement et à l’idéalisation de la pulsion sexuelle, notamment chez les prêtres voués au célibat.
Refoulement forcé, pas ou mal «travaillé», avec tous les risques que le refoulé chassé par la porte revienne par la cheminée pour hanter et intoxiquer le psychisme et les comportements des abuseurs, avant d’empoisonner ceux des victimes.
Le Catéchisme de l’Église catholique (publié en 1992) expose une VISION POSITIVE DE LA SEXUALITÉ ET DU PLAISIR: «La sexualité est source de joie et de plaisir» (§ 2362), avec cette citation du pape Pie XII en 1951:
«Le Créateur lui-même a établi que dans cette fonction de génération les époux éprouvent un plaisir et une satisfaction du corps et de l’esprit. Donc, les époux ne font rien de mal en recherchant ce plaisir et en en jouissant. Ils acceptent ce que le Créateur leur a destiné.»
Le plaisir sexuel prend donc tout son sens (chrétien) quand il est vécu, reçu et donné dans l’échange conjugal entre l’homme et la femme.
Cette union est le plus pur et le plus beau reflet de l’alliance éternelle établie par le Christ entre Dieu, communion d’amour, et notre humanité appelée à la divinisation.
L’UNION CONJUGALE EST DONC BIEN, POUR LES CHRÉTIENS, LE LIEU PRIVILÉGIÉ DE L’AMOUR, DU PLAISIR ET DE LA JOIE.
MAIS CELA RESTE UN IDÉAL À VISER, QUI DÉPASSE SOUVENT NOS INTENTIONS ET NOS FORCES.
Quand Jésus rappelle cet idéal tel que voulu à l’origine par Dieu, ses disciples estiment qu’il s’agit d’un projet hors d’atteinte: «Si telle est la situation de l’homme par rapport à la femme, mieux vaut ne pas se marier.» (Matthieu 19, 10).
Le célibat serait-il donc préférable? Jésus n’exclut pas cette voie, qu’il pratique lui-même, mais il est loin de la proposer et d’y pousser ses compagnons. «Il y en a qui ont choisi de ne pas se marier à cause du royaume des Cieux. Celui qui peut comprendre, qu’il comprenne.»
L’union conjugale de l’homme et de la femme est dans la Bible le meilleur reflet en humanité du royaume de Dieu, du règne de l’amour fidèle et fécond, du bonheur.
Tous n’y sont cependant pas aptes, soit parce qu’ils en sont empêchés par la nature, soit parce qu’ils ne s’en sentent pas capables, soit parce qu’ils se voient ou se croient appelés à un autre vocation exceptionnelle «à cause du Royaume des Cieux».
TOUS, ABSOLUMENT TOUS, SONT NÉANMOINS INVITÉS À HUMANISER LEUR PULSION SEXUELLE, À L’ORIENTER DANS LE SENS DE L’AMOUR ET DU RESPECT D’AUTRUI.
DU TREMPLIN DU PLAISIR, TOUS PEUVENT S’ÉLANCER VERS LE DÉSIR D’UNE JOIE PLUS GRANDE, PLUS COMPLÈTE, PLUS DURABLE.
C’est possible dans toutes les situations. Y compris celles qui ne sont pas objectivement conformes en tout à l’idéal. Tous peuvent grandir dans l’amour. En courant, en marchant, en se traînant, clopin-clopant, patiemment, ardemment. Sur des chemins balisés ou par des voies détournées. Nous pouvons nous encourager les uns les autres à progresser. Sans juger, sans condamner, par l’exemple et l’amitié. Belle mission pour l’Église!
ENCORE PLUS DE PLAISIR, ENCORE PLUS DE JOIE, ENCORE PLUS DE BONHEUR! JUSQU’À REJOINDRE DIEU DANS SA PLÉNITUDE. TEL EST PEUT-ÊTRE LE FIN MOT D’UNE VISION CHRÉTIENNE DE LA SEXUALITÉ HUMAINE.
Que vos corps soient lumière! Que resplendisse en vous le feu de l’amour! Glorifiez Dieu dans votre corps! Respectez-le dans le corps d’autrui. Corps tabou de l’autre, sanctuaire divin. Corps d'autrui interdisant toute profanation.

Commentaires

  • À l'Ecole Pythagoricienne, on enseignait l'unité de la nature féminine, dont le principe de vie ne se divise jamais : c'était le nombre 1. Et la dualité de la nature masculine dont le principe de vie se divise en deux parties : l'une pour être conservée et l'autre pour être donnée à la génération : d'où le nombre 2.
    L'unité féminine était appelée la Monade, parce que la femme est l'être indivisé, d'où le mot individu.
    La dualité masculine était la dyade. En latin, on disait homo duplex pour désigner la contrariété du cœur et de la raison, la duplicité (le double), suprême mystère de l'existence de l'homme.
    Ce grand mystère, c'est la loi des sexes.
    « Je ne pourrais entrer dans la discussion du fameux symbole de Pythagore, un-deux, sans dépasser de beaucoup les bornes que je me suis prescrites, écrit dans une note Antoine Fabre d'Olivet ; qu'il me suffise de dire que, comme il désignait Dieu par 1 et la matière (l'homme) par 2, il exprimait l'Univers par le nombre 12 qui résulte de la réunion des deux autres : un, deux, « en, duo » (« Bi-Un », Bien). C'est le même symbole de Fo-hi, si célèbre parmi les Chinois, exprimé par une ligne entière — 1 (Yang) et une ligne brisée - - 2 (Ying) ».
    C'est là l'origine du système duodécimal qui fut généralisé dans les temps anciens et appliqué à la division de l'année, des heures du jour, des signes du zodiaque, des achats à la douzaine, etc..
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/psychologieetloidessexes.html

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