Avons-nous besoin d'une morale sexuelle? Laquelle?

Dans ses Recommandations 10 et 11, le rapport de la CIASE préconise une RÉVISION FONDAMENTALE DE LA MORALE SEXUELLE DE L’ÉGLISE catholique. Il réclame notamment ce qui suit (je souligne):sexualité, morale, Eglise, amour

L’Église devrait «PASSER AU CRIBLE LES ÉNONCÉS DU CATÉCHISME de l’Église catholique pour donner toute sa place à la personne victime et à sa dignité inaliénable qui doit être l’objet premier de l’attention »;

engager «une RÉÉCRITURE DES ENSEIGNEMENTS TIRÉS DU SIXIÈME COMMANDEMENT»;

«passer au crible ce que l’excès paradoxal de FIXATION DE LA MORALE CATHOLIQUE SUR LES QUESTIONS SEXUELLES peut avoir de contreproductif en matière de lutte contre les abus sexuels»;

passer aussi au crible «le choix d’ENGLOBER L’ENSEMBLE DE LA SEXUALITÉ HUMAINE DANS LE SEUL SIXIÈME COMMANDEMENT DU DÉCALOGUE».

Ces recommandations paraissent non seulement pertinentes, mais parfaitement normales.

En effet, tout enseignement moral, religieux ou non, dans n’importe quel domaine, dépend essentiellement de la connaissance que l’on a de la réalité. Or cette connaissance du réel évolue avec le temps, de façon spectaculaire parfois.

LA CONNAISSANCE QUE NOUS AVONS AUJOURD’HUI DE LA SEXUALITÉ HUMAINE EST PROFONDÉMENT RENOUVELÉE PAR L’APPORT RÉCENT DES SCIENCES MÉDICALES ET PSYCHOLOGIQUES.

La sexualité humaine n’a pas changé fondamentalement depuis que l’être humain existe. L’humanité a toujours eu une compréhension pertinente et intuitive de cette réalité. Mais aujourd’hui, nous en avons une meilleure connaissance scientifique, notamment grâce au courant psychanalytique inauguré par Sigmund Freud au début du 20e siècle.

NOTRE MORALE SEXUELLE DOIT DONC ÊTRE APPROFONDIE EN FONCTION DE NOS CONNAISSANCES RÉCENTES.

Il n’est pas question de supprimer la morale sexuelle, comme d’aucuns l’imaginent naïvement, mais au contraire de la vérifier, de l’améliorer.

LES HUMAINS SAVENT DEPUIS TOUJOURS QU’ILS ONT UN BESOIN VITAL DE RÉGLER PAR EUX-MÊMES L’IMPÉTUOSITÉ DE LEUR PULSION SEXUELLE.

Celle-ci, en effet, n’est pas programmée automatiquement par un instinct, comme c’est le cas des animaux.

La sexualité humaine peut aller dans tous les sens, y compris les plus destructeurs, si elle n’est pas orientée et régulée socialement.

En revanche, SI ELLE EST MAÎTRISÉE AUTANT QUE POSSIBLE, LA SEXUALITÉ HUMAINE APPORTE UNE DES PLUS IMPORTANTES CONTRIBUTIONS AU BONHEUR INDIVIDUEL ET AU BIEN-ÊTRE SOCIAL.

UNE BONNE ET SAINE MORALE SEXUELLE EST UNE COMPOSANTE ESSENTIELLE DE TOUTE CULTURE ET DE TOUTE SOCIÉTÉ.

Elle garantit les meilleurs rapports possibles entre les sexes et entre les générations, assurant à chacun le respect de son intégrité physique et psychique, maintenant la cohésion sociale fondée avant tout sur les alliances matrimoniales et sur les liens familiaux qui en découlent.

Parce qu’elle détermine le bien-être de tous les membres d’une société, LA MORALE SEXUELLE COMPORTE FORCÉMENT DES NORMES COLLECTIVES, QUI SUPPOSENT UNE ADHÉSION GÉNÉRALE DES INDIVIDUS À CES NORMES.

La production et la mise en œuvre de ces orientations morales dépendent avant tout des FAMILLES. Elles sont les premiers et principaux laboratoires où se vit et s’apprend le bonheur d’aimer, d’engendrer, de partager dans le respect de la diversité des sexes et des âges.

Mais aucune famille n’est un îlot social. Elles constituent ensemble avec beaucoup d’autres ces continents que sont nos sociétés nationales, avec leurs courants philosophiques, spirituels, religieux.

En vertu de l’unité de l’espèce humaine dans le temps et dans l’espace, LA MORALE SEXUELLE DE TOUT GROUPE HUMAIN DOIT TENDRE AUTANT QUE POSSIBLE À L’UNIVERSEL.

Ses orientations de fond doivent être telles qu’elles puissent être comprises, reçues et vécues par tous, malgré la diversité normale des cultures et des croyances philosophiques ou religieuses. Pour l’essentiel, ces diversités doivent converger dans l’unité d’une même humanité partagée par tous.

LA QUESTION DE REPENSER LA MORALE SEXUELLE NE SE POSE DONC PAS SEULEMENT À L’ÉGLISE CATHOLIQUE, MAIS À LA SOCIÉTÉ DANS SON ENSEMBLE, dans toutes les aires culturelles qui coexistent aujourd’hui et sont loin d’être unanimes en la matière.

Tâche difficile, tâche nécessaire, tâche indispensable. Tâche qui exigera du temps et des efforts. Tâche d’autant plus urgente à entreprendre.

Tâche que je n’ai évidemment pas la prétention de mener à bien à moi tout seul!

Je me contenterai ici de proposer au moins QUELQUES CRITÈRES QUI ME SEMBLENT DE NATURE À ORIENTER NOS EFFORTS EN VUE DE VISER UNE MORALE SEXUELLE UNIVERSELLE.

Ce sont à mon sens DES CRITÈRES MINIMAUX. On ne saurait les abaisser sans porter atteinte à la dignité humaine et au bien commun. Mais on peut très bien, à partir de ce minimum, proposer des orientations plus ambitieuses et meilleures encore.

VOICI DONC, SOUS FORME DE COURTES MAXIMES, QUELQUES TRAITS D’UNE MORALE SEXUELLE POUR NOTRE TEMPS.

UNE MORALE DU BONHEUR, non de la répression. Le point de départ doit être une vision positive de la sexualité humaine. Cette dernière n’est pas ou plus à considérer comme une pulsion maudite, presque diabolique, qu’il s’agirait de combattre, voire d’anéantir.

UNE MORALE SOUCIEUSE DE LA PERSONNE, non des seuls actes permis ou défendus.

UNE MORALE ANCRÉE DANS LA RÉALITÉ HUMAINE, et non dans une vision abstraite et asexuée de l’humain. Cette vision doit respecter avant tout la différence et la complémentarité entre l’homme et la femme, entre des rapports hétérosexuels et des rapports homosexuels, entre des rapports consentis entre adultes et des actes ou des influences imposées à des enfants.

UNE MORALE CENTRÉE SUR LE MARIAGE ET LA FAMILLE, pas sur des individus sans attaches.

UNE MORALE DE L’AMOUR, et non des seules sensations corporelles. Une morale sexuelle visant l’intégration maximale du corps, des sentiments et de l’intelligence des personnes.

UNE MORALE QUI CONJUGUE L’AMOUR ET LA FÉCONDITÉ. La qualité et l’intensité de l’amour se vérifie aussi à sa fécondité, à son rayonnement social, qui trouve son point culminant dans l’engendrement d’un nouvel être humain.

UNE MORALE FONDAMENTALEMENT ÉGALE POUR HÉTÉROS ET POUR HOMOS. Sont à proscrire pour tous notamment les actes sexuels non consentis et désirés; les actes sexuels, même consentis, faisant de l’autre un objet ou infligeant des souffrances, des humiliations; la prostitution sous toutes ses formes.

UNE MORALE RESPECTUEUSE DE L’ENFANT PRÉPUBÈRE. Pas d’intrusion ni d’intervention de nature sexuelle dans l’intimité d’un enfant en sa période de latence, avant la puberté. Cela interdit non seulement les abus et les viols, mais aussi une initiation intempestive à la sexualité, notamment par le biais de l’école.

UNE MORALE RESPECTUEUSE DU CORPS EN SA BEAUTÉ. Une morale de la pudeur sans pudibonderie. Le nu peut être montré et admiré sans devenir obscène ni racoleur. Combattre la pornographie, notamment sur l’internet, de même que l’exploitation du corps féminin à des fins commerciales.

UNE MORALE QUI LIBÈRE EN POSANT CLAIREMENT DES LIMITES À NE PAS FRANCHIR. Interdits de l’inceste, du viol, de la non-réciprocité, de l’utilisation d’autrui comme objet de plaisir ou de profit, de la confusion des générations ou des sexes.

UNE MORALE DYNAMIQUE, attirante, qui ne fige personne dans ses échecs et dans ses ratages, qui propose à tous des chemins de progrès et d’épanouissement.

Partant de sa propre expérience, même imparfaite, chacun de nous peut examiner la pertinence de ce qui vient d’être proposé.

P.S. Dans mon dernier article de cette série, j’envisagerai une tâche spéciale pour la pensée chrétienne face à la sexualité, don de Dieu.

Commentaires

  • Les religions feraient bien de mettre fin à leur ingérence obsessionnelle dans la sexualité des gens. Il est vrai qu'elles se priveraient d'une de leurs plus puissantes armes pour soumettre l'être humain à ses prétentions hégémoniques.
    Laisser Adam et Eve libres de se débrouiller seuls avec leurs instincts animaux qui, rappelons-le sont à notre origine à tous, aurait privé tant de futurs adeptes de la punition, dont notamment les pédophiles, de l'expression de leurs désirs de domination que c'était manifestement un renoncement impensable pour tous ceux qui se réclament de l'amour d'une divinité pour inspirer leurs pensées et leurs actions.

  • Il ne s'agit pas que des religions, mais de la société en général, qui ne peut laisser chacun se débrouiller avec ses instincts de prédation et de domination.

Les commentaires sont fermés.